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 La naissance du monde...

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MessageSujet: La naissance du monde...   Mer 19 Avr - 16:56

Des êtres insatisfaits.

Selon la nation, la tribu dans laquelle il vit, le Peau-Rouge adopte une légende suivant ses affinités. Ainsi le Mandan ne voit dans le début du monde que son coté merveilleux, la découverte de l’abondance et de ses richesses auxquelles il n’a pas accédé jusqu’alors. Ce monde plein de promesses berce ses nuits et lui apparaît en rêve comme le Pays-des-Chasses-Eternelles dont il bénéficiera après sa mort, comme le lui a promis le Grand Esprit. Il n’empêche que sa « vie vulgaire » surgit devant ses yeux tel le Pays-des-Ombres.
Il aspire alors a la facilité que lui offrirait une nature plus généreuse.


Lorsque le Grand-Esprit décida de mettre des hommes sut la Terre, il créa en premier les Indiens Mandan. Afin qu’ils n’aient pas froid à la Lune-de-la-Saison-Triste, et pas trop chaud durant la Lune-des-Oiseaux-qui-Volent-vers-le-Sud, il les plaça dans une caverne sous l'écorce terrestre. Au centre de la grotte, une plante se mit à pousser dès le premier jour. Après plusieurs saisons, elle était si haute qu’elle touchait presque le plafond de la grande voûte. Regarde-la-Lune était un jeune Brave de la tribu. On lui avait donné ce nom parce qu’il regardait constamment la plante pousser. Le nez en l'air du matin au soir, il ne faisait rien d'autre car il ne pouvait en détacher ses yeux. Pendant cent ans, il contempla le végétal à mesure qu’il s'élevait. La mère de ce jeune homme se nommait Feuille-Sèche. Elle était devenue la risée de toute la tribu. Chacun lui disait, toutes les fois qu’il la rencontrait :
« Vois ton fils, vieille femme. Il est juste bon à fixer la plante au cours des ans. Ne sait-il pas chasser ou jouer aux osselets ? »
Mais Feuille-Sèche se moquait des sarcasmes. Un ver caché dans son foie* lui disait que dans l'avenir, Regarde-la-Lune deviendrait un grand homme.
Lorsque la plante atteignit le plafond de la grotte, elle y fit un trou. Et comme elle montait encore par l'orifice, Regarde-la-Lune se demanda où elle pouvait bien aller.
Un soir, il réunit ses amis et déclara :
- J'ai dans l'idée que cette plante nous montre le chemin que nous devons suivre. Je vais l'escalader pour m’en assurer Que ceux qui le veulent m’accompagnent !
Une dizaine de Mandan dirent qu’ils voulaient être du voyage. Il y avait parmi eux un nombre égal de jeunes gens et de jeunes filles.
- C'est très bien ! S'écria Regarde-la-Lune. Vous êtes tous très courageux. Constituez des réserves alimentaires.
La route sera longue et certainement semée d'embûches.
Prenez aussi vos arcs, vos lances et vos boucliers. O-Kee-Hee-De, la première femme du sorcier vivait encore à cette époque. Un génie malfaisant l'habitait. C'est pour cela que, dans la tribu, tous l'appelaient Mauvais-Esprit. Quand l'expédition fut prête à partir, Mauvais-Esprit alla trouver Regarde-la-Lune et lui dit :
-Emmène-moi. Je veux tenter l'aventure avec vous. Le jeune Brave ne put retenir son rire.
-Es-tu folle, Mauvais-Esprit ? Tu es bien trop grosse, la plante ne suppotterait pas ton poids. Regarde, la graisse de tes mol-lets tombe sur tes pieds et ton ventre fait trois fois le tour de ra ceinture. Seuls les plus agiles réussiront à gagner le sommet. Mauvais-Esprit fit celle qui n’avait pas entendu, mais elle jura bien qu’elle se vengerait.
Le matin du départ, les parents des jeunes gens vinrent les encourager Feuille-Sèche dit à son F1s :
- Si tu as besoin de quelque chose en route, appelle-moi. Je resterai au pied de la plante jusqu’à ce que tu redescendes.
Le jeune Brave remercia sa mère et partit avec ses amis. Ils montèrent durant quatre saisons. Chaque soir, Regarde--la-Lune jetait un regard derrière lui et contemplait la petite arche que faisait sa mère au pied de l'arbre. C'est ainsi qu’il calculait la distance parcourue dans la journée.
Or un soir Regarde-la-Lune ne vit plus tien. Il dit à ses amis :
- Ma mère est trop loin, elle ne pourra plus nous aider en cas de besoin. Nous devrons maintenant puiser notre cou-rage en nous-mêmes.
La progression était harassante. La plante était un épineux et ses dards écorchaient les mains. Plus les jeunes Mandan s'élevaient, plus le feuillage s'épaississait et plus la montée devenait pénible. Un matin, le tronc de la plante apparut aussi lisse que la hampe d'une lance. Un Mandan se lamenta :
- Nous allons glisser sur ce bois dépourvu d'aspérités. Nous ne pourrons jamais atteindre les hautes branches.
C'est alors que Regarde-la-Lune aperçu une fourmi. Il l'in-terpella :
- Salut à toi, sœur fourmi ! Dis-nous un peu, comment fais-tu pour gambader sur ce tronc sans tomber ?
L’insecte sourit malicieusement.
- C'est que j'ai des crochets aux pattes, vois-tu. Ils me per-mettent de m’agripper à la fibre de bois.
-Nous, les Mandan, nous n'en avons pas, déclara Regarde--la-Lune. Accepterais-tu de nous les prêter pour passer cet endroit difficile ?
La fourmi pleura :
-Ce serait avec plaisir, mais hélas cela est impossible. Je dois les avoir constamment sur moi afin de fuir 1es attaques des abeilles. Ces vilaines me pourchassent dès qu’elles me voient et je ne dois la vie qu'à ces crochets.
- Je vais arranger cela ! assura Regarde-la-Lune. Indique-moi où habitent ces abeilles, je vais leur faire voir qui je suis. La fourmi désigna une touffe de feuilles avec son antenne :
- La ruche est là, calée au creux d'une fourche. Regarde-la-Lune demanda à ses amis de l'attendre et courut jusqu’au creux désigné. Là, il frappa la ruche du poing en criant : -Ohé ! N'y a-t-il personne dans cette cabane ?
Une abeille guerrière sortit et s'enquit :
- Que désires-tu, étranger ? Veux-tu bien cesser de secouer notre maison !
- Je veux parler à votre reine ! répliqua Regarde-la-Lune. Va la chercher, je suis pressé !
- Elle dort.
- Alors, réveille-la ! s'exclama le jeune Brave. Dis-lui que j’ai à l'entretenir d'une affaire urgente.
Réveillée en sursaut, la reine sortit à son tour. Elle inter-rogea l'abeille guerrière :
- Qui fait tout ce tapage ? Est-ce cet homme qui est la cause de ce désagrément ?
- Oui, c’est moi ! déclara Regarde-la-Lune. J'apprends que tu tracasses mon amie la fourmi. Je suis venu te dire de la laisser tranquille.
- Sais-tu que nous pourrions te piquer et te faire très mal ? menaça la reine des abeilles.
Regarde-la-Lune partit à rire.
- Vous ne pouvez rien contre moi, j'ai mon bouclier ! Tu vas faite le serment de ne plus attaquer la fourmi. Sinon, je coupe cette branche avec ma lance et ta ruche tombera dans le vide. La reine réfléchit le temps de fumer une pipe, et dit :
-C'est bon. J'accepte de faire la paix avec ta protégée. Fais -lui savoir que nous allons organiser une grande fête pour célébrer la fin des hostilités.
La fête eut lieu le soir même. Les mets Furent abondants et variés. Les jeunes Mandan en profitèrent pour reprendre des forces. L'abeille et la fourmi échangèrent des présents et devinrent amies. Après la cérémonie du calumet, la fourmi prêta ses crochets à Regarde-la-Lune. Celui-ci les fixa à ses mocassins et dit à ses amis :
-Montez sur mes épaules. Je vais vous faire franchir le pas-sage difficile.
Ainsi fut fait car Regarde-la-Lune était très robuste. Parvenu aux hautes branches, le jeune Brave confia les cro-chets à un corbeau pour qu’il les rende à la fourmi.
Et la montée continua.
Quand les Indiens arrivèrent à l'endroit où la plante perçait le plafond de la grotte, une jeune fille se lamenta :
-Nous sommes au sommet de la caverne, nous ne pourrons jamais aller plus loin.
Regarde-la-Lune inspecta les lieux et déclara :
- J'aperçois un léger espace encre la roche et l'écorce de la plante. Nous allons nous y introduire et continuer notre escalade.
Ils cheminèrent encore péniblement pendant trois lunes. L'espace dans lequel ils se glissaient était très étroit et la paroi rocheuse leur arrachait la peau du dos.
Enfin, au début de la quatrième lune, ils arrivèrent â l'air libre. Sur la surface de la Terre un spectacle grandiose les attendait. Il était fait de hautes montagnes de granite, de larges vallées au milieu desquelles serpentaient des fleuves aux reflets d'argent. Lorsque les yeux extasiés des Mandan se firent rassasiés du panorama, Regarde-la-Lune remarqua :
- C'est un très beau paysage, mais l'endroit est invivable. Nulle part il ni y a trace de végétation.
La jeune fille recommença à se lamenter :
Nous allons mourir de faim. Comment y aurait-il des bisons dans cette contrée puisqu’il ni y a pas d'herbe ?
Déçu, lui aussi, Regarde-la-Lune décida :
-Nous allons nous reposer et nous redescendrons vers notre tribu.
À ce moment précis, au centre de la Terre, Mauvais-Esprit n’avait pas renoncé à suivre la petite troupe. Elle agrippa une branche basse de la plante et commença l'escalade. Mais Mauvais-Esprit était si grasse et si lourde que le bois craquait : à chacun de ses mouvements. Plus elle montait et plus la plante pliait en faisant entendre des bruits sinistres. À mi- chemin, la plante se rompit brusquement sous le poids de la grosse femme. Mauvais-Esprit dégringola. Elle ne mourut pas de sa chute mais elle se fit une grosse bosse au front.Le chef de la tribu fut très fâché car aucun Mandan ne pouvait plus rejoindre les jeunes aventureux à la surface du monde.
De son côté, Regarde-la-Lune avait le souci contraire, il s'écria : - Maudite soit cette grosse femme ! Maintenant qu elle a cassé la plante il nous est impossible de redescendre vers nos familles. La jeune Fille se lamenta une nouvelle fois :
-Ici nous ne pouvons cueillir aucune baie. Je ne vois nulle part de fraises sauvages. Il n'y a pas d'arbres fruitiers. Nous allons mourir de faim.
- Tais-toi ! ordonna Regarde-la-Lune. Après tout, ceux d'en bas peuvent peut-être nous aider.
Il se pencha au-dessus du trou et appela :
-Ohé, ma mère ! M'entendez-vous ?
Feuille-Sèche était toujours au pied de la plante. Elle reconnut la voix de son fils et cria à pleins poumons en direction de la voûte :
- Je suis ici, Regarde-la-Lune ! Que veux-tu ?
- La plante a disparu. Nous ne pouvons plus vous rejoindre.
- Dans ce cas, il ne vous teste plus qu’a vivre là-haut.
- C'est impossible, ma mère. Il n'y a aucune végétation sur ce sol.
- Patientez ! répliqua Feuille-Sèche. L'herbe Finira bien par sortir de terre un jour ou l'autre, je vois les racines qui pendent jusque dans notre grotte.
Le jeune Brave se tourna vers ses compagnons.
- Aidez-moi, vous autre. Appelez vos mères. II est impos-sible qu’elles ne fassent pas quelque chose pour nous.
Les jeunes Mandan se placèrent alors autour du trou et crièrent tous ensemble :
- Aidez-nous, nos mères ! Ayez pitié de nous ! Sans vous nous ne sommes rien !
Ces cris furent entendus par routes les mères de la caverne. Émues, elles se réunirent autour de Feuille-Sèche. Celle-ci leur dit :
-Seule je ne pouvais rien faire, mais à nous toutes, nous allons sauver nos enfants. Que chacune de vous prenne l'extrémité d'une racine dans sa bouche et souffle dedans très fort.
Et les mères soufflèrent toutes ensemble pour Faire monter la sève.
Le résultat ne se fit pas attendre. Sous les yeux émerveillés de Regarde-la-Lune et de ses amis, de petites pousses crevè-rent la surface de la terre. Devant cette réussite, les jeunes Mandan crièrent de plus belle par le trou :
- Soufflez encore, nos mères ! Les plaines verdissent et des arbres sortent du sol. Soufflez plus fort, nos mères, nous apercevons déjà des bourgeons !
Dans la caverne d'en bas les femmes mandan soufflèrent telle-ment dans les racines que le monde se pars d'herbe, de fleurs, d'arbres et de buissons. Des oiseaux bâtirent aussitôt leur nid dans les ramures et une grande quantité de bisons vinrent brouter dans la grande plaine. Le vent inventa une chanson en agitant les feuilles des arbres. Charmé de l'entendre, Regarde-la-Lune décida de bâtir un village sous les branches d'un érable gigantesque. Le jeune Brave devint le chef de cette nouvelle tribu et fut très honoré par tous les Mandan. Aujourd’hui encore, un trou s'enfonce profondément dans le sol au centre de la grande place de ce village. Chaque année, à la fin de la Lune-de-la-Saison-Triste, un jeune se penche au-dessus de la cavité et crie :
- Aide-moi, ma mère ! Communique ton souffle à la terre ! Aucune voix ne lui répond. Mais les jours suivants les plaines verdissent et la nature est en fête.
Voici pourquoi, de nos jours, les Mandan disent « Notre Mère » en parlant de la terre.


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tomahawklapache
sunkmanitu wakhan
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MessageSujet: Re: La naissance du monde...   Jeu 20 Avr - 11:37

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whitewolf
sunkmanitu wakhan
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MessageSujet: Re: La naissance du monde...   Jeu 20 Avr - 12:17

Je me joinsà tomahawk, bravo, très jolie histoire, dont la morale (s'il y en vait une) serait de ne pas se fier aux apparences et que sous des allures rêveuses se cache parfois un coeur vaillant;

Très belle histoire, envore, merci Louve pour ce moment plein de poésie.

Amitiés,

Whitewolf
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MessageSujet: Re: La naissance du monde...   

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